« Dans l’adultère, la tendresse et l’abnégation ont coutume d’intervenir ; dans l’homicide, le courage ; dans les profanations et le blasphème, une certaine lueur satanique. Judas choisit ces fautes qu’aucune vertu ne visite : l’abus de confiance et la délation. »
— Jorge Luis Borges · 1899 – 1986Source : Ficciones, « Trois versions de Judas » (1944) · Vérifier la source
Attribution vérifiéeCe qu’on en sait
- Ce qui est documenté
- La phrase est tirée d’un passage de la nouvelle « Three Versions of Judas » où elle est prononcée par le théologien fictif Nils Runeberg.
Comprendre la citation
Borges fait ici une démonstration morale à travers une voix inventée : il oppose les fautes qui conservent un quelque chose de «noble» aux trahisons sans rédemption. Dans la nouvelle, ce raisonnement sert un paradoxe théologique sur Judas et interroge la valeur morale des actes selon leur contexte narratif.
En version originale · espagnol
En el adulterio suelen participar la ternura y la abnegación; en el homicidio, el coraje; en las profanaciones y la blasfemia, cierto fulgor satánico. Judas eligió aquellas culpas no visitadas por ninguna virtud: el abuso de confianza (Juan 12:6) y la delación.
L’anecdote
Borges perdit presque totalement la vue mais continua d’écrire et dirigea la Bibliothèque nationale d’Argentine, une ironie célèbre pour un auteur obsédé par les livres et les bibliothèques.
Pour aller plus loin
- L’époque
- En 1944, dans la première édition de Ficciones, Borges mêle avant‑garde littéraire et spéculation théologique.
- La pensée
- Borges pratique la fiction qui fait semblant d’être de la recherche savante : ça montre comment une idée devient vraie selon qui la raconte. En pratique, cela invite à douter des lectures univoques des actes humains.
- Le mot clé
- Trahison : violation de la confiance qui soulève des questions morales plus que de simples fautes.
Trois défis pour la vivre
Dans l’app, vous choisissez celui qui colle à votre journée, et le soir, vous dites comment il s’est passé.
Écrivez pendant 15 minutes une lettre imaginaire à Judas : décrivez sans juger ce que vous pensez être la motivation profonde derrière la trahison.
Borges distingue trahison et crimes nobles ; écrire à Judas force à nommer les motifs cachés et à explorer la complexité morale évoquée par le texte.
Asseyez-vous 10 minutes sans téléphone ; concentrez-vous sur les images et émotions que suscite en vous l'idée de «trahison» telle que présente dans la citation.
La citation demande une écoute fine des nuances morales ; une pause attentive permet de sentir les réactions instinctives et d'identifier ce qui rend certaines fautes 'irréductibles'.
Demandez à une personne de confiance un entretien de 20 minutes : lisez-lui la citation, puis échangez ouvertement sur ce que vous considérez comme trahison et pourquoi.
Borges provoque un débat moral ; confronter son interprétation à une autre voix permet de repérer où la narration polarise les jugements et d'enrichir la compréhension.
Comment réagiriez‑vous si l’on redéfinissait le sens moral d’un geste selon le récit qui l’explique ?
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